Avant de partir en vacances, j’ai fait le plein à la médiathèque. Depuis quelques temps je voulais lire « Le Meilleur des Mondes » d’Aldous huxley. Ne le trouvant pas en rayon, je demande qu’on me le réserve. La médiathécaire me répond qu’il est disponible mais au rayon jeunesse. J’ai trouvé cela étonnant, ce qui ne m’a pas empêché de l’emprunter quand même.

Le jour même, au rayon SF, j’emprunte « Les rivières de Londres – l’apprenti sorcier T1 » de Ben Aaronovitch. La quatrième de couv promettant un voyage dans un Londre magique où un jeune policier découvre la magie. A la lecture, je me suis demandé si cet ouvrage n’aurait pas du être, lui, au rayon ados. Quoique ?

Entrons en détails dans mes lecture estivales en commençant par « Le Meilleur des Mondes »

Couverture Meilleur des MondesRésumé de l’éditeur : Bienvenue au Centre d’Incubation et de Conditionnement de Londres-Central. À gauche, les couveuses ou l’homme moderne, artificiellement fécondé, attend de rejoindre une société parfaite. À droite : la salle de conditionnement ou chaque enfant subit les stimuli qui plus tard feront son bonheur. Tel foetus sera Alpha – l’élite – tel autre Epsilon – caste inférieure. Miracle technologique : ici commence un monde parfait, biologiquement programmé pour la stabilité éternelle…
La visite est à peine terminée que déjà certains ricanent. Se pourrait-il qu’avant l’avènement de l’État Mondial, l’être humain ait été issu d’un père et d’une mère ? Incroyable, dégoûtant… mais vrai. Dan
s une réserve du Nouveau Mexique, un homme Sauvage a échappé au programme. Bientôt, il devra choisir : intégrer cette nouvelle condition humaine ou persister dans sa démence…

Mon avis : « Le meilleur des mondes » a été écrit en 1931 – en tout juste 4 mois! – et il reste terriblement d’actualité.

Aldous HuxleyAldous Huxley y dépeint une société qui s’est débarrassée de l’affectif pour n’exploiter que le productif. Donner aux gens la possibilité de réfléchir sur leur condition peut amener à la révolte. De fait, la procréation est interdite, remplacée par une création à la chaine, avec des recettes selon les besoins en ouvriers idiots ou en chercheurs géniaux. Chacun a une place bien déterminé dans cette société.

 

Les enfants ne sont pas élevés mais sont conditionnés dès leur plus jeune âge, c’est dire dès l’éprouvette avec des techniques à la limite de la torture et les jeux sexuels sont particulièrement incités. Pour un adulte, il n’est pas normal d’avoir le même partenaire trop longtemps. On fait l’amour comme on fait un tennis.

Ajoutez y une dose de « Soma », la drogue locale et légale, qui permet de partir en congé, voici à quoi ressemble le futur.

Pourtant dans ce monde « parfait », Bernard évolue un peu à coté. Bien qu’Alpha plus, la caste la plus élevée avant les administrateurs mondiaux, il est petit et gros. Sans doute une erreur dans sa « recette ». Sa condition le fait réfléchir sur sa vie ce qui le rend aigri. Il reste son sujet principal, il ne remet en cause les éléments de cette société que parce qu’ils ne sont pas en sa faveur. Et mis à part sa propre personne, ce qui l’intéresse c’est Lenina, une jeune et jolie Beta Plus.

Réussissant à l’emmener dans une réserve de « sauvage », tous deux découvrent John, un homme qui est né dans cette réserve. Il a été éduqué par sa mère, une Beta qui était restée prisonnière dans cette réserve. Il a même apprit à lire, et sa vision du monde lui vient de Shakespeare. Rejeté depuis son enfance par les « sauvages », il suit Bernard dans le monde civilisé. Bernard y voit surtout un moyen de se faire une place au soleil.

« Le Meilleur des mondes » interroge l’utilisation de la technologie au service du système, des dérives possibles, de ce qui se passe quand on enlève le libre arbitre pour favoriser la productivité. John se retrouve dans un monde aseptisé, bien loin des images romantiques et Shakespearienne de ses lectures. Sa vision du monde se heurte à la réalité et il se sent bien seul, tout autant que dans la réserve, si ce n’est plus.

Par bien des aspects, Aldous Huxley décrivait un monde vers lequel nous tendons : ultra contrôlé (caméras partout, fichage et flicage), les relations humaines réduites au superficiel, le couvercle posé sur nos ambitions et nos révoltes. Heureusement pour lui, il n’aura pas connu internet et les réseaux sociaux, où nous participons activement à notre propre mise en abyme, où nous regardons le « mur » qui nous renvoie notre propre vie, tout en laissant  les droits à d’autres de faire ce qu’ils veulent avec nos données. Déjà en 1958, 30 ans après l’écriture de cet ouvrage, il écrivait « Retour au Meilleur des Mondes », un essai disant que sa vision arrivait plus vite qu’il ne le croyait. Que pourrait-il écrire aujourd’hui ?

Quant à sa place au rayon jeunesse de la médiathèque, je dis oui. Un ado qui prend le temps de lire ce petit ouvrage et qui s’interroge derrière, c’est déjà ça.

Le site de l’éditeur : Pocket

La fiche Wikipédia d’Aldous Huxley

 

Posted by Gil

One Comment

  1. […] pas trompé de section et emprunté un roman ados (voir ma chronique sur « Le Meilleur des Mondes« ). Plus j’avançais dans la lecture, plus le ton gentiment ironique me […]

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