Quand tu rentres dans ta librairie préférée – La Parenthèse à Nancy pour ne pas la citer –  et que la première chose qui t’attire l’oeil, c’est la couverture de « Grand Est », tu n’as pas le choix, tu prends et tu dévores ta BD.

Résumé de l’éditeur :

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Grand Est est un road-movie qui démarre par un stage de conduite à l’automobile club de Metz. En le quittant, un père embarque son fils de huit ans pour une balade pleine de surprises dans un territoire post industriel aux allures de Far west.

Roman graphique sur ce qu’on laisse à nos enfants, en même temps que récit initiatique, on est saisi par l’humanité de l’histoire écrite par Denis Robert et par la puissance des images de Franck Biancarelli.

On voyage ainsi porté par le rythme des conversations entre les personnages, leurs rencontres et les souvenirs. Comme s’il se jouait un peu de notre avenir à tous sur ces routes entre Hayange et Milwaukee…

Mon avis :

Denis Robert, vous connaissez sans doute le journaliste à qui l’on doit « L’affaire des affaires » car à moins d’avoir vécu sur une autre planète ces dernières années, vous avez au moins entendu parler de Clearstream ? S’il vous faut un rattrapage, je vous conseille l’adaptation en BD, voire pour les plus fainéants d’entre vous le film sous le titre l’enquête.

Mais revenons à « Grand Est », qui est un travail plus personnel. Adapté de son roman « Vue imprenable sur la folie du monde », Denis Robert nous plonge dans ses interrogations sur sa vie, la vraie, pas uniquement sa profession et ses enquêtes, mais aussi ce qui fait de Denis Robert un homme – j’allais dire normal, mais aujourd’hui, c’est tellement connoté- qui aime ses enfants et surtout qui aime sa région.

Car il s’agit bien de la Lorraine dans cette BD. Personnage aux mille visages, toujours présente bien qu’à peine présentée (un dessin au début de l’aventure), mais qui est là dans toute les cases. Ses paysages, si différents des Vosges ruraux – et même Alsaciens- à ceux, industriels, du nord de la Moselle.

Alors, on se sent chez soi dans cette BD. C’est vrai que pour moi, c’est plus la région Nancéienne qui est mon chez moi depuis mes 9 ans. Mais j’ai – un peu- connu la Moselle de Carling et Creutzwald. J’y ai encore des souvenirs d’enfance comme quand le mercredi après-midi, sur RTL, André Torrent passait les clips des « Pas beaux » – c’est comme ça que j’appelais  Kiss à l’époque ! – et que la sirène de l’usine annonçait un feu. Les odeurs d’ammoniaque et d’oeufs pourris quand on jouait dans le jardin de ma grand-mère. « Vivement que le vent tourne » disait-elle. Tout cela m’est revenu à la lecture de Grand Est. Les cheminées qui me paraissaient si géantes à l’époque ne sont plus guère que des fantômes quand je passe devant aujourd’hui

Denis Robert nous parle aussi des hommes de la région, et commence l’album par un séance de rattrapage de points. Autour de lui, beaucoup sont là à cause de l’alcool.
L’alcool est toujours là, en toile de fond ou sur la table. La fameuse convivialité Lorraine. Je n’avais jamais prêté attention que la Moselle avait un profil de poivrot – ceci expliquerait cela. L’alcool, d’abord refuge, puis puits sans fond pour ceux qui ont quitté la mine pour ensuite naviguer de petits boulots en allocations.

Le dessin de Franck Biancarelli, au trait fin et aux aplats orangés et bleus, porte la narration et magnifie les ambiances froides, voire empoisonnées de cette région. Les visages expriment la joie de revoir les amis, la douleur de vivre dans une misère sociale et la force des personnages.

Annoncé comme un road-trip entre Hayange et Milwaukee, ne vous attendez pas trop à de superbes paysages américains. L’autre coté de l’atlantique n’est qu’évoqué. Mais c’est aussi un road-trip entre le père et le fils, un passage de relais à travers les souvenirs.

« Grand Est » chez Dargaud

La Page Facebook de Denis Robert

 

Posted by Gil

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