Comment peut-on écrire un livre pareil ? Je crois que c’est le premier livre qui m’ait donné envie de l’arrêter au second chapitre ! Parce qu’il est mauvais ? Pas du tout ! Au contraire ! Mais parce que la charge émotionnelle était trop forte pour moi !

Antoine a 12 ans. Il vit avec sa mère. Son père, muté en allemagne pour le travail, en a profité pour divorcer.

Rémi a 6 ans. C’est le voisin d’Antoine. Et il le suit partout, notamment dans les bois de Saint Eustache ou Antoine construit une cabane.

1 jour de décembre 1999, M. Desmedt, père de Rémi, achève son chien Ulysse d’un coup de fusil après qu’il se soit fait heurter par une voiture. Antoine assiste à la scène. Il en est complétement boulerversé. Il court se réfugier dans sa cabane. Là, il laisse sa colère s’exprimer. Et quand Rémi le rejoint, Antoine lui donne un violent coup de bâton au visage.

Rémi tombe.

Rémi ne se relève pas.

Antoine vient de le tuer.

Antoine, 12 ans, assassin.

Comme tout enfant, la peur des consèquences pousse Antoine à cacher le corps comme on cacherait les morceaux d’un vase qu’on vient de casser sur le carrelage de la cuisine. Mais là, c’est sa vie qui vole en éclat.

Plus Antoine s’enfonçait dans les bois avec rémi sur le dos, plus le mal être m’étraignait, et avec lui sont arrivées les larmes.

J’ai posé le livre. Il  fallu quelques jours pour encaisser. Et l’envie de connaitre la suite a repris le dessus.

3 jours, parce que c’est le temps qui va suivre le décès, le meurtre devrais-je dire, de Rémi et toutes phases par lesquelles Antoine va passer : le mensonge, la peur, la nausée, l’envie de mourir, la pulsion sexuelle, le besoin de fuir.
Pierre Lemaitre nous entraine dans les recoins les plus sombres de la conscience d’Antoine. Ses cauchemards deviennent ceux du lecteur. Et la tension monte  comme arrive la tempête qui a secoué la France à Noël 99. Cette tempête qui va exploser au moment où l’étau se resserre sur Antoine, lui donnant un répit jusque 2011. Et une vie !

En voilà une ellipse ! Autant les premiers chapitres sont autant de minutes de calvaire et là, soudainement, on retrouve Antoine, adulte, étudiant en médecine, en couple. Et Lemaitre va encore le mettre à l’épreuve, à faire des choix, en lien avec son pêché originel.

Il y a quelque chose dans l’écriture de Pierre Lemaitre qui nous accroche tellement au réél de ce qui se déroule sous nos yeux. J’ai lu des scènes de meurtre bien plus horribles que ce simple coup de bâton. Et pourtant, ce fut comme si on me l’assenait. Et dans les quelques jours qu’il m’a fallu pour encaisser, j’ai eu des projections sur les deux personnages, tantôt Antoine, tantôt Rémi. Et si c’était mon fils, qui a presque l’âge de Rémi, qui recevait ce coup fatal.
Toute aussi dure, l’évolution du corps sans vie du petit Desmedt, ses couleurs, son poids, ses bruits. Jusqu’à l’image de sa disparition.

Lemaitre sait aussi mettre en scène des personnages secondaires qui ont de l’étoffe. La mère d’Antoine, toujours appelée Mme Courtin. Son prénom ne sera cité que deux ou trois fois. J’ai même réussi à l’oublier pendant la lecture. Elle aime l’ordre, son quotidien est dicté par la peut du qu’en dira-t-on. Alors rien ne déborde, pas même l’amour maternelle pour son garçon qui ne va pas bien. Tout au long de la lecture, on se demandera ce qu’elle sait exactement.
Le docteur B, métisse, silencieux, taiseux même, qu’on voit bien nettoyer son cabinet le dimanche dans son jogging hors d’âge, mais prêt à accueillir tout patient dans le besoin.
Les parents Desmedt, dévastés chacun à leur manière par la disparition de leur petit, tandis que Valentine Desmedt, la soeur adolescente de Rémi, semble imperturbable tout en provoquant une excitation malsaine à Antoine.
Il y a aussi Emilie, la jolie voisine d’en face, dont le rôle prendra une place inattendue dans la vie d’Antoine.

Un autre personnage :  la tempête de 1999. Elle fait son apparition à un moment clé. Lemaitre a su rendre tangible sa fureur, exprimer les peurs qu’elle a provoqué. Elle a fait remonter chez moi des souvenirs de cette journée. Pour Antoine, c’est à la fois le monde qui s’écroule, mais aussi une renaissance.

Alors oui, j’ai laché le livre, parce qu’il m’a assomé, mais une fois mon courage revenu et la lecture reprise, je l’ai tenu par le colback et je l’ai terminé. Mais là encore, c’est lui qui a eu le dernier mot, car Lemaitre nous tient jusqu’à la dernière page.

 
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Posted by Gil

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